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Julien Ranc, Chef de projet, Dok’ici

« Le cabinet mobile est rattaché à un centre de santé »

En France, la loi interdit la médecine itinérante. Le développement de consultations mobiles nécessite donc une architecture législative complexe.

Bus&Car Connexion: Quelle est l’histoire du bus médical Dok’ici?

Julien Ranc: Historiquement, nous avons déjà une expérience dans la mobilité avec l’installation de mobil’homes à l’attention des sans-abri. Cette première expérience, conjuguée à de nombreuses discussions avec des médecins et des élus, nous a convaincus de développer un projet de mobilité médicale. Concrètement, il s’agit d’un camion aménagé en cabinet médical mobile. Le véhicule a été conçu avec des professionnels de la santé, dont le professeur Jean-Louis Touraine. On y trouve par exemple un échographe, un électrocardiographe ou encore un défibrillateur, c’est-à-dire des équipements pour réaliser directement des examens complémentaires. Depuis un an et demi, nous travaillons au déploiement de ce projet en région Auvergne-Rhône-Alpes.

BCC: Où en êtes-vous de ce déploiement?

J. R.: Nous avons entrepris des démarches en septembre 2019 avec quatre territoires intéressés: Givors, Annonay, Le Puy-en-Velay et Bourg-en-Bresse. Comme la mobilité médicale est interdite en France de fait, nous avons pris le parti de nous reposer sur une structure de santé fixe déjà existante ou à créer, en développant des centres de santé à partir desquels rayonne le cabinet mobile. Aujourd’hui, le projet le plus avancé se situe à Givors, avec le soutien de la région, de l’ARS et de la ville. L’association A.CE.S.O a créé un centre de santé et le camion, rattaché à ce centre, se rendra ensuite dans les quartiers de Givors, les villes et les villages alentour dépourvus de médecins, à raison d’un lieu par jour. Le démarrage est prévu en juillet.

BCC: Comment cela se passe-t-il pour les professionnels de santé?

J. R.: Les praticiens sont salariés du centre de santé et ils s’engagent à ce titre à faire une journée en mobilité chaque semaine. Ils réalisent les consultations dans le camion et dans le centre de santé. Notre entreprise gère la solution sur le plan technique et logistique. Il s’agit donc pour nous d’une forme de location du cabinet mobile. Ce sont les praticiens qui conduisent le camion, inférieur à 3,5 t, c’est-à-dire qu’il n’y a pas besoin de permis spécifique. Par ailleurs, pour attirer les médecins, nous choisissons les villes de rattachement du camion en fonction de la proximité avec une grande agglomération. Givors étant située à 17 minutes de Lyon en TER, la contrainte n’est pas très importante, et ce d’autant plus qu’on n’oblige pas un médecin à être uniquement salarié du centre de santé. Les praticiens ont bien souvent des engagements hospitaliers et des cabinets privés. À ce jour, nous visons principalement les médecins généralistes, mais nous restons ouverts à des spécialités comme l’ophtalmologie, la gynécologie, voire la cardiologie.

BCC: Quelles difficultés rencontrez-vous?

J. R.: Nous en rencontrons de plusieurs types. Tout d’abord, le salariat des médecins n’est pas toujours bien vu par la profession, qui valorise encore le modèle libéral. Mais nous savons que cela intéresse certains médecins, notamment les plus jeunes, qui n’ont pas forcément envie de travailler 80 heures par semaine, de gérer la comptabilité, etc.

Ensuite, le tarif de 25 euros pour une consultation complexifie l’équilibre économique. Nous sommes en discussion avec les CPAM, l’ARS et l’État pour que la mobilité soit considérée comme une visite à domicile, rémunérée 10 euros de plus.

Par ailleurs, la loi nous oblige à créer un planning des interventions qui doit être validé par l’Ordre des médecins du département. Chaque praticien doit obtenir une autorisation pour intervenir sur le territoire.

Enfin, initialement, nous pensions permettre à un médecin de se déplacer dans une zone donnée, de constituer sa clientèle au fil de l’eau et d’encourager ainsi son installation sur le territoire au bout de quelques mois, comme cela se fait en Allemagne. L’obligation de créer une structure de santé fixe est un frein.

Auteur

  • Julie Rieg
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