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Les groupements d’employeurs: un espoir face à la pénurie de conducteurs?

Et si le salut des entreprises de transport de voyageurs en quête de conducteurs était dans les groupements d’employeurs? La formule fait déjà ses preuves.

Jean est conducteur de car pendant l’hiver et poissonnier pendant l’été. Jocelyne hydrothérapeute du lundi au mercredi, et secrétaire commerciale les jeudi et vendredi… Deux exemples de salariés à temps partagé présentés dans l’ouvrage Groupements d’employeurs, Mode d’emploi. Les auteurs, Franck Delalande et Lionel Buannic, soulignent qu’en regroupant des temps partiels, les GE peuvent créer des temps pleins et mettre à la disposition des adhérents, les salariés et les nouvelles compétences dont ils ont besoin. Franck Delalande sait de quoi il parle. Il dirige le GE multisectoriel Venetis, créé à Vannes en 1997, qui compte 140 adhérents dont une majorité de PME. Il estime que le potentiel d’emplois partagés est “énorme”. Notamment pour les entreprises de transport de voyageurs.

Il en veut pour preuve les compléments d’activité qu’a pu apporter Venetis à deux conducteurs à temps partiel, chez CTM et TPV dans le Morbihan. Poissonnier chez Intermarché dans un cas. Conducteur de camions frigorifiques dans un autre. D’autres maillages existent. Le GE EPI Normandie a pu trouver un complément sur des poids lourds pour un mécanicien autocars. Un salarié du GE Mayages en Mayenne, est à la fois conducteur scolaire à la STAO et cariste dans un entrepôt.

Pour quelles entreprises?

On compte en France quelque 3 500 groupements d’employeurs agricoles employant 12 000 salariés et plus de 400 avec 8 000 salariés hors agriculture, tous associatifs ou en coopératives. Certains concentrent leurs salariés sur une seule activité comme l’entretien des golfs ou l’enseignement musical. Mais la plupart se veulent multisectoriels et regroupent des entreprises de toutes activités, généralement du même bassin d’emploi.

À l’origine, en 1985, les GE ne pouvaient faire adhérer que des entreprises comptant moins de dix salariés. Mais en 1995, ce seuil a été porté à 300, sous réserve d’accord avec les syndicats. Cette limitation a même été supprimée dans les zones prioritaires de développement du territoire. L’Union des groupements d’employeurs de France (Ugef) qui fédère les GE ne cache pas les résistances culturelles auxquelles cette formule s’est heurtée. Mais il liste aussi les avantages qu’elle offre aux employeurs: améliorer la productivité grâce à un personnel non permanent opérationnel et fidélisé; disposer à temps partiel de compétences pointues non nécessaires à plein temps; maîtriser les coûts; accroître la motivation et la polyvalence des salariés. Bien qu’ils cumulent des activités diverses, les salariés eux, sont en CDI avec comme seul employeur, le GE, qui veille à leur formation et leur évolution de carrière.

Un DRH à temps partiel?

Les entreprises disposent de personnel stable et limitent ainsi leur turn-over”, résume Christine Marloux, responsable du GE EPI Normandie. “Des PME qui ne disposent pas de DRH peuvent franchir le pas d’un DRH à temps partiel plutôt que de confier la fonction RH à un directeur financier dont ce n’est pas le métier”, ajoute Laurent Fraisse du GE 77. Il lui paraît cependant délicat d’embaucher des chauffeurs à la fois pour les besoins d’entreprises de transport de voyageurs, de marchandises et d’avitaillement, notamment en raison de différences de rémunération et de durée du travail. Au GE Mayages, Magali Loinard note que l’obstacle est levé avec un ajustement fait par le GE pour les taux horaires différenciés. Le GE doit appliquer sa propre convention collective mais aussi les avantages, notamment salariaux, des entreprises utilisatrices. Il établit les bulletins de salaires, verse les cotisations obligatoires, fait passer les visites médicales, paye les congés légaux et conventionnels… Le tout avec un coefficient multiplicateur variant entre 1,7 % et 2 %. “C’est un surcoût que nos adhérents ne rechignent pas à payer”, assure Philippe Vittoria du GE Atout Pays de Rance (voir encadré ci-contre).

Miser sur les personnes en difficulté

Les GEIQ (groupements d’employeurs pour l’insertion et la qualification) ont une philosophie et une pratique différentes. Ils regroupent des entreprises qui misent sur le potentiel des personnes en difficulté pour résoudre leurs problèmes structurels de recrutement. On en compte une centaine employant 4 000 salariés. La plupart multisectoriels mais aussi certains consacrés aux transports comme le GEIQ Artois Littoral (voir ci-dessous). C’est le GEIQ qui embauche et forme les chômeurs, souvent éloignés de l’emploi, et les met à la disposition des entreprises. Le conseil général de la Loire a ainsi favorisé en 2002 la création du GEIQ 42 réunissant 22 transporteurs. En Rhône-Alpes, la FNTV apprécie l’existence du GEIQ CERA (Citoyenneté emploi Rhône-Alpes). “Nous cherchons à attirer de nouveaux publics vers nos métiers, notamment celui de conducteur, et la voie de l’insertion est positive”, déclare Jacques Sorlin, le délégué régional. “Nécessité fait loi car nous avions pénurie de candidats”, renchérit Alain Berthelet, président de Berthelet Autocars et Berthelet Voyages.

Limiter le turn-over

Depuis trois ans, l’entreprise passe par le CERA notamment pour faire face à un turn-over qui atteint 25 % pour les chauffeurs contre 5 % dans les autres catégories de personnel. “Alors même, assure Jean Berthelet, que sur 130 conducteurs, 100 sont à temps plein et 30 autres à temps partiel choisi”. Dominique Soufflet, le directeur de CERA, note que son organisme est le plus gros GEIQ transport de France avec 15 sociétés de transport de voyageurs, de marchandises et de déménagement adhérentes, et plus de 120 salariés. Après informations collectives, tests et entretiens et une éventuelle remise à niveau, le CERA propose à des chômeurs des contrats de professionnalisation de conducteur sur 12 mois. Il oriente également vers le titre professionnel “conducteur routier de transports de voyageurs”. “Depuis 2004, nous avons formé 200 personnes et la moitié a désormais un emploi stable, confie Dominique Soufflet. Mais beaucoup de contrats portent sur 4 heures par jour et ne permettent qu’un petit salaire”.

Former à deux métiers à la fois

Aussi le CERA cherche-t-il les moyens économiques et juridiques pour qualifier les demandeurs d’emploi sur deux métiers simultanément, conduite et bâtiment par exemple. Dans cette perspective, un GEIQ BTP pourrait être créé en Rhône-Alpes.

Les GEIQ qui comptent des entreprises de transport de voyageurs parmi leurs adhérents réfléchissent à la question. Des heures d’auxiliaire de vie ou d’agent de propreté pourraient compléter celles de conducteur. Une autre piste consisterait à meubler la coupure des chauffeurs scolaires avec des tâches incombant aux collectivités locales: cantines, entretien des espaces verts… D’autres pensent se rapprocher de La Poste, qui propose des services d’aide à domicile, lesquels sont déjà des emplois à temps partagé entre plusieurs utilisateurs bénéficiaires. Des tâches réputées féminines qui pourraient compléter un métier de conducteur qui, lui aussi, se féminise de plus en plus.

L’entreprise Dumont Voyages passe par le GEIQ Artois Littoral pour quatre recrutements par an en moyenne. Et son patron, Vincent Dumont, s’en félicite. Mais c’est surtout en qualité de président de la Commission nationale formation de la FNTV que Vincent Dumont fait la promotion des GEIQ. “J’ai fait valider la démarche par les partenaires sociaux en Commission nationale paritaire de l’emploi.

Un autocariste breton recrute ses conducteurs grâce au GE

"Par choix et par déontologie, nous n’avons qu’une entreprise de transports de voyageurs, Guilloux Durand, car les autres sont des concurrentes", explique Philippe Vitoria, directeur du GE multisectoriel Atout Pays de Rance (Côtes-d’Armor).

Guilloux Durand figure parmi les membres fondateurs du GE, qui compte aujourd’hui 60 salariés. Pendant longtemps, agricultrices et ouvriers saisonniers ont volontiers conduit ses cars scolaires et périscolaires. Mais le recrutement pour des contrats à temps partiel sur une partie de l’année était devenu difficile. Sans compter de prochains départs en retraite. Aussi l’entreprise est-elle passée par le GE. En 2005, ce dernier a fait former dix chômeurs comme conducteurs par l’AFPA. Mais certains ont été embauchés ailleurs! "Nous étions candides. Désormais nous co-finançons les formations avec l’Assedic et nous faisons signer une clause de dédit formation", note Philippe Vitoria. Le GE mise sur la double compétence avec des formations transport de voyageurs et de marchandises. Une fois formés, les chauffeurs sont placés par le GE à la fois chez Guilloux Durand et chez un transporteur régional de meubles. Ils doivent 18 mois de travail au GE. Et après?

Le directeur du GE ne cache pas sa crainte de les perdre.

GEIQ ARTOIS LITTORAL: 160 JEUNES FORMÉS ET PLACÉS

Le GEIQ Artois Littoral fédère 22 entreprises de transport de voyageurs de la région Nord-Pas-de-Calais. Et s’enorgueillit d’avoir formé près de 160 jeunes en difficulté d’insertion avant de les faire recruter à temps complet par ses adhérents.

"L’entreprise exprime ses besoins et nous nous occupons de tout depuis la sélection, la mise en place des parcours de formation, la recherche de financements, le salaire, les formalités administratives…", explique Laurent Lion, le directeur.

"Cela m’évite les soucis des recrutements", confirme Vincent Dumont de l’entreprise éponyme. Les formations proposées sont celles de conducteur TP M 138, mais aussi agent commercial de conduite en milieu urbain et interurbain, tourisme et, depuis l’an dernier, technicien réparateur de véhicules industriels. Avec, selon Laurent Lion, un taux de placement de 92 % en 2006. Dominique Lourme, secrétaire général de l’UDTV Pas-de-Calais, se félicite de la formule: "Pendant leur formation, les jeunes sont en alternance dans les entreprises et généralement ils y restent avec une embauche à l’indice 145 car ils sont qualifiés". Ce qui minimise le risque d’un départ vers le transport urbain à la convention collective plus attractive. La présence dans le GEIQ d’entreprises de transport de voyageurs du même territoire pose-t-elle problème? "Certes, nous sommes dans un secteur concurrentiel, mais notre GEIQ dédié à la profession offre une ambiance conviviale et la possibilité pour les adhérents d’échanger sur des problèmes communs".

Auteur

  • Martine Rossard
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