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Histoire.

Quand Air France était autocariste

D’abord à destination du Bourget, les navettes routières vers les aéroports ont été lancées dès 1924. Air France a poursuivi ce service en propre jusqu’en 2008, année où elle s’allie avec Keolis, avant de se désengager complètement du transport routier des passagers aériens. Retour sur près de 100 ans de dessertes aéroportuaires.

En 1924, Henri Farman crée avec ses frères Dick et Maurice la Société générale des transports aériens (SGTA). C’est l’une des premières compagnies aériennes françaises. Pour rejoindre le Bourget (au nord de Paris) d’où décollent ses avions, la SGTA propose, en 1928, un service de navettes dont l’arrêt parisien est proche de l’Opéra. À l’origine, le trafic permet de se contenter de Renault OS carrossés pour douze occupants. Le principe d’une navette par vol est établi dès l’origine, et sera maintenu après-guerre. En 1933, les cinq compagnies subventionnées (Aéropostale, Air Orient, Air union, CIDNA et SGTA) fusionnent pour former Air France.

La nouvelle compagnie nationale reprend à son compte les dessertes aéroportuaires par cars. Leur départ a lieu rue La Fayette, 30 à 45 minutes avant le décollage. Le parc des années 1930 s’appuie sur des Renault YFDB de 26 places qui embarquent également les passagers des compagnies AB Aerotransport (Suède), KLM (Pays-Bas) et Lufthansa (Allemagne). La capacité de l’agence Air France de la rue La Fayette est limitée à 100 passagers par heure. Elle en accueille 10 000 par mois en 1939, puis 20 000 en octobre 1945. Sa saturation explique la création de « l’aérogare des Invalides » en 1946.

Dans le contexte d’après-guerre, emprunter le car Air France pour se rendre à l’aéroport est si évident que le service de cars n’est pas payant. Il le devient en 1952. Cette évolution pourrait s’expliquer par la multiplication à bord des cars de passagers de compagnies autres qu’Air France.

La fonction des cars qui roulent sous les couleurs d’Air France est d’assurer le transport des voyageurs entre le centre-ville (station ou aérogare urbaine) et l’aéroport voisin. En 1952, ce service est assuré à Ajaccio, Alger, Bastia, Casablanca, Bordeaux, Lyon, Marseille, Nantes, Nice, Paris, Toulouse et Tunis. À Paris, Air France exploite sa propre flotte. Ailleurs, les cars qui portent les couleurs de la compagnie sont fréquemment affrétés.

Effondrement des parts de marché

Construite pour l’irrigation de l’exposition universelle de 1900 par les lignes ferroviaires venues de l’Ouest, la gare des Invalides a été reconvertie en aérogare en 1946. Sa capacité atteint 800 passagers par heure et 12 000 par jour, arrivées et départs confondus. Cette aérogare n’a jamais vu passer un seul avion. Elle a pourtant été fréquentée assidûment par la flotte Air France, mais c’est de la flotte des cars Air France dont il s’agit ici.

Son statut d’aérogare, la gare des Invalides le doit à son rôle d’accueil des passagers et à sa capacité à effectuer une partie des formalités liées au voyage, notamment celles qui concernent les bagages. Avec l’ouverture d’Orly Sud en 1961, la gare des Invalides cesse d’assurer ces formalités et devient un simple point d’embarquement. Au cours de la même année, le principe d’un car par vol est abandonné au profit d’une desserte cadencée avec au moins un départ des Invalides toutes les quinze minutes, voire davantage puisque chaque car part dès qu’il est plein.

Au temps des Invalides, l’entretien des cars Air France est assuré sous les rampes d’accès à la gare souterraine des Invalides ou à Orly (au bâtiment 430 de l’escale d’Orly ou à Paray-Vieille-Poste). Des dépanneuses (Citroën 45 et Berliet GLR) se tenaient prêtes à intervenir.

En 1955, près de la moitié des voyageurs d’Air France partant de Paris ou y arrivant empruntent les cars Air France. L’Orlyval n’ouvrira qu’en 1991 et, pourtant, les parts de marché des cars Air France sont déjà tombées à quelque 10 % en 1982. À l’époque, pour inciter son personnel à vendre des tickets de car, Air France récompense ses meilleurs vendeurs par des soirées aux Folies Bergères, par des dîners à la Tour d’Argent ou par des voyages, y compris aux Antilles, au Brésil ou aux États-Unis. Accompagnant l’ouverture de Roissy, une nouvelle tête de ligne est créée à la Porte Maillot en mars 1974 afin de desservir cet aéroport. Dans la foulée, une ligne Maillot-Orly est également créée. Quant à l’aéroport du Bourget, il cesse d’accueillir des vols commerciaux en 1977. Sa desserte par les cars Air France ne se justifie donc plus.

En 1982, des travaux à l’aérogare des Invalides motivent la création, à Montparnasse, d’un nouvel arrêt pour les navettes vers Orly. Une navette Montparnasse-Roissy sera également mise en place à partir de 1990, mais avec une fréquence nettement inférieure à celle assurant la relation Montparnasse-Orly.

Au milieu des années 1980, les cars Air France ne se contentent pas de vendre « à la place » leur service de navette. Ils proposent des prestations adaptées aux groupes. Pour ces derniers, ils desservent les hôtels parisiens ou assurent des liaisons depuis des villes éloignées de Paris (Lille, Bruxelles, etc.).

Invalides, finalement trop « centrale »

Les difficultés de circulation dans Paris ne sont pas nouvelles. Elles rendent aléatoires les temps de parcours entre le centre de Paris et les aéroports parisiens. Cette situation contribuera à déplacer les points d’arrêt afin de limiter les traversées de Paris par les cars Air France.

Bien que relativement bien placé, le terminus de la porte Maillot, installé au deuxième sous-sol du Palais des Congrès, est fermé pour des raisons économiques en 1986, après douze ans d’exploitation. La tête de ligne est alors déplacée vers l’avenue Carnot, près de la place de l’Étoile. Aucun bâtiment n’accueille les voyageurs qui doivent attendre le car Air France sur le trottoir. Les cars Air France marqueront l’arrêt à la porte Maillot afin de préserver les habitudes des voyageurs. En 1986, les cars Air France desservent trois lignes: Étoile-Maillot-Roissy, Invalides-Montparnasse-Orly et bien sûr, Roissy-Orly.

Bien que très expérimentée dans l’exploitation d’autocars pour les dessertes aéroportuaires, la compagnie Air France s’associe en avril 2008 à Keolis (filiale de la SNCF) pour créer Aerolis, leur filiale commune. Elle est chargée de l’exploitation des cars Air France. Lorsque la compagnie aérienne choisit de se désengager totalement de cette activité, elle est remplacée au sein d’Aerolis par Paris Aéroport.

Le 12 mai 2016, les cars Air France deviennent Le Bus Direct. Avant ce changement de nom, les voyageurs potentiels pensaient souvent que les cars Air France étaient réservés aux seuls passagers de cette compagnie. Le 6 avril 2020, à peine quatre ans après son lancement du Bus Direct, l’épidémie de Covid-19 entraîne une très forte réduction du transport aérien. La cessation définitive des activités du Bus Direct est annoncée fin août.

Cars Air France: une flotte à géométrie variable

En 1960, le service des cars Air France est basé aux invalides. Il emploie 212 personnes et exploite 38 autocars qui transportent 3 000 à 5 000 passagers par jour sur les lignes Invalides-Le Bourget et Invalides-Orly (à l’époque, Orly Nord). En 1974, l’ouverture de Roissy justifie de porter le parc à 72 autocars. En 1983, les 75 cars Air France conduits par 200 chauffeurs parcourent 7 millions de kilomètres par an et génèrent un CA de 76 millions de francs. En 1986, la flotte emploie 400 personnes dont 250 chauffeurs et 60 techniciens de maintenance.

Auteur

  • Loïc Fieux
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