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Quand l’écologie s’invite dans le tourisme

Comme bon nombre de secteurs d’activité, le tourisme n’a pas échappé à la vague écologique. TO, hôteliers, tous les acteurs commencent à proposer des voyages solidaires ou des séjours axés sur l’environnement. L’écotourisme n’est encore qu’un marché de niche. Mais pourrait devenir vite un argument marketing.

Écotourisme. Sous ce nom, un concept: “Une forme de voyage responsable dans les espaces naturels qui contribue à la protection de l’environnement et au bien-être des populations”, selon The International Ecotourism Society. Ce type de tourisme est aujourd’hui reconnu comme un vecteur essentiel du développement durable.

En France, l’écotourisme correspond à une nouvelle offre de certains prestataires. “Il suffit de s’inscrire dans une démarche de préservation du patrimoine de son territoire, explique Pascal Languillon, président de l’Association française d’écotourisme. On peut le faire de différentes manières: en apportant son soutien financier à des réserves naturelles par les visites, en choisissant de séjourner dans un hôtel écologique, en partant avec des voyagistes engagés, etc.

Des pionniers chez les TO

Les tour-opérateurs sont en effet de plus en plus sensibilisés, et une douzaine ont rejoint l’Association du tourisme responsable (ATR) créée en mars 2001. Mais la prise de conscience est récente, et si les voyagistes voient dans l’écotourisme une nouvelle niche à conquérir, ce nouveau concept reste pour l’instant marginal: il concerne à peu près 1 % du tourisme mondial. “L’industrie touristique a un réel intérêt dans le développement de l’écotourisme, poursuit Pascal Languillon. Quand, dans 30 ans, il n’y aura plus de neige sur le Kilimandjaro, que la grande barrière de corail aura disparu, que les Maldives seront sous l’eau, quel sera l’intérêt de voyager?”

Le lancement en janvier 2007 de l’agence Ushuaïa Voyages par Richard Charbonneau est emblématique du mouvement. Le respect des espaces naturels et des peuples qui y vivent sont au centre de son offre avec des thèmes comme: “Aventure & expéditions”, “Nature faune & flore”, “Peuples & histoire”, ou encore “Actions des hommes”. La production couvre le monde entier avec une forte dimension écologique: les 4 × 4 sont bannis, les écolodges privilégiés, tous les voyages font l’objet d’une compensation du CO2 émis billet par billet, etc. “L’objectif est de faire voyager les gens intelligemment dans un contexte le plus complet possible de développement durable, et d’avoir des offres différentes de ce qui est proposé habituellement”, expliquait-il lors de la création de l’agence, positionnée uniquement sur le web.

Au même moment, un autre précurseur, Voyageurs du Monde proposait à ses clients de “compenser” les émissions de dioxyde de carbone liées à leur vol, en participant à des projets de développement solidaire soutenus par le Groupe énergies renouvelables et solidarité (Geres). “Le groupe compte un total de 120 000 clients par an, expliquait alors Jean-François Rial, son Pdg. Nous estimons que leurs émissions de CO2 représentent au minimum 30 euros par personne, soit un total de 3,6 millions d’euros de compensation en jeu”. Le spécialiste du voyage sur mesure avait déjà initié cette démarche dans le cadre des voyages professionnels de ses équipes. Un engagement qui lui coûte chaque année 70 000 euros pour l’ensemble de ses marques.

Faire payer plus pour protéger mieux

D’autres voyagistes ont, depuis, emboîté le pas. Certains, comme Atalante, proposent à leurs clients de payer un peu plus pour protéger l’environnement, financer la construction d’un barrage ou la mise en place d’un système de collecte et de retraitement de déchets. Allibert a choisi d’organiser le nettoyage du massif du Toubkal au Maroc. Et puis, il y a ceux qui s’investissent au niveau de leur offre produits. C’est le cas de Fram qui proposera à l’été 2009 un Framissima écologique en France utilisant des énergies renouvelables avec des matériaux recyclés. Dès l’été prochain, le TO mettra aussi en place un système de compensation d’émissions de CO2 avec une contribution libre pour les clients. De son côté, le groupe Pauli annonce le lancement dès l’an prochain de produits écolos en France et en Europe comprenant des activités nature, des gîtes normés, accessibles en train, vendus sur internet.

L’hôtellerie fait sa révolution verte

Les voyagistes ne sont pas les seuls à surfer sur la vague écologique. L’hôtellerie française rejoint aussi le mouvement. Ainsi, VVF Vacances prend le pas du développement durable, en communiquant sur ses logements conçus selon les nouvelles normes environnementales. Le site de Borgo en Corse, qui bénéficie d’un ensoleillement important, est doté de capteurs solaires pour la production d’eau chaude sanitaire, et l’eau recyclée de la piscine est désormais utilisée pour l’arrosage des espaces verts. D’autres sites sont équipés d’ampoules électriques à basse consommation d’énergie, tandis que sur la presqu’île de Giens dans le Var, le club propose des sorties ornithologiques avec la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) et une découverte de l’environnement avec l’Office national des forêts (ONF).

Cap France, réseau d’une centaine de villages de vacances gérés par 60 associations, a lancé l’an passé son propre label, “Chouette nature” et a remporté cette année un des Trophées du tourisme responsable organisé par Voyages-SNCF. com, dans la catégorie “nature & environnement”.

Le temps des écolabels

Eddy Charreau, attaché de communication: “Depuis 2000, nous avons lancé une réflexion sur le développement durable. En 2004, une association adhérente de Cap France a édité un recueil de bonnes pratiques, qui a conduit à la création de ce label. Il comporte plus de 100 critères répartis autour des dix axes d’engagement “Chouette Nature”, comme par exemple la gestion des déchets, les économies d’énergie, la gestion de l’eau, les nuisances sonores, la politique d’achat, ou encore le développement touristique. Une quinzaine de structures affichaient ce label en 2005, elles seront une quarantaine en 2008”. Des actions sont également menées pour sensibiliser les touristes. Cap France tente d’éveiller les jeunes à la nature et au développement durable à travers des kits pique-nique “zéro déchets” et des bornes de tri sélectif, ou encore la journée nationale “Chouette nature” (en août) autour des thèmes du développement durable, du commerce équitable et de la préservation de l’environnement naturel, culturel et social.

Le leader des résidences de tourisme Pierre & Vacances s’est lui aussi engagé dans une démarche de développement durable. Cela se traduit par de nombreuses actions, dont un partenariat avec WWF-France, une des premières organisations mondiales de protection de la nature. Cet accord, signé en 2005 pour une durée de trois ans, porte sur deux axes: d’une part, la mise en place d’une démarche de progrès environnemental, notamment dans la création du site pilote de Belle Dune en baie de Somme, où Pierre & Vacances et WWF-France ont identifié les principaux impacts. D’autre part, le groupe œuvre à l’éducation et à la sensibilisation à l’environnement de ses salariés et de ses clients. Pour ce faire, WWF-France apporte au groupe français ses conseils scientifiques, une mise en relation avec son réseau d’experts et son aide à la création d’outils pédago-ludiques de sensibilisation à l’environnement.

L’hôtellerie indépendante est aussi concernée. C’est le cas de l’hôtel Les Orangeries, installé à Lussac-les-Châteaux dans la Vienne. Il est le premier établissement français à avoir reçu l’écolabel européen de l’Association française de normalisation. C’était le 29 mai 2006. “Aux Orangeries, la préoccupation pour l’environnement a débuté dès la rénovation de la maison de famille du XVIIIe siècle, explique Olivia Gautier, propriétaire des lieux. Des matériaux anciens ont été conservés, les enduits réalisés à la chaux, le chanvre utilisé pour rénover. L’établissement est également équipé d’ampoules basse consommation, et a opté pour un contrat EDF Équilibre avec 100 % de l’électricité issue de sources d’énergies renouvelables, supprimé les produits jetables, etc.” Le livret d’accueil de l’hôtel, qui recense quelques-uns des gestes simples à respecter pour limiter sa consommation d’eau et d’énergie, donne le ton de ce qui attend les visiteurs: consommer mieux.

Des clients impliqués

Quelques mois après avoir obtenu l’écolabel européen, l’équipe des Orangeries a voulu savoir ce que ses clients pensaient de la démarche. “Sur les 240 questionnaires distribués, il en ressort que 90 % des personnes interrogées se disent impliquées par les questions environnementales, 50 % se déclarant même très impliquées, annonce Olivia Gautier. Des clients soulignaient que l’écolabel renforce la différence de l’hôtel, son identité régionale et française”. D’autres établissements se sont vus récemment recevoir ce label: l’hôtel La Marina*** à Saint-Raphaël (chaîne Best Western), auquel s’ajoutent deux résidences de tourisme et un hôtel-restaurant du groupe français Ever Group (le “Domaine de la Plage” à Valras, le “Domaine du Château” à Lagorde, entre l’île de Ré et La Rochelle, et l’hôtel-restaurant “Blanche de Castille” à Dourdan). On compte actuellement 85 hébergements touristiques labellisés en Europe, mais seulement moins de dix en France.

Tendance lourde ou effet de mode?

La liste des acteurs touristiques soucieux de préserver l’environnement ne s’arrête pas là. Si les voyagistes et les hôteliers sont majoritairement mis sur le devant de la scène, de nombreux prestataires touristiques ont eux aussi choisi de s’engager dans cette démarche.

Le téleski nautique de Moncontour (Vienne) par exemple, permet la pratique de ce sport de glisse sans bateau à moteur mais à l’aide d’un cable électrique dont le système d’alimentation se confond avec le cadre naturel et évite toutes nuisances sonores et olfactives.

Sans bruit, sans odeurs, mais aussi sans fumée et sans rejet d’eaux usées, le premier bateau-hôtel à propulsion électro-solaire accessible à tous, le Soleil d’Oc, exploité par la compagnie Croisière pour Tous, reprendra du service dès mars 2008 sur le canal du Midi, entre Béziers et Carcassonne. “Nous proposons des écocroisières sur un catamaran fluvial entièrement propulsé par quatre moteurs électriques alimentés à l’énergie solaire, explique Dominique Renouf, qui a investi 425 000 euros dans le projet. Et pour la première fois, notre produit intégrera l’an prochain l’offre d’un tour-opérateur, le Groupe Pauli, dans le cadre de sa production écolo”. On aurait pu citer d’autres exemples, les initiatives sont légion.

Reste à savoir si toutes ces actions constituent une tendance lourde ou un effet de mode. Si l’écotourisme est destiné à rester une niche touristique limitée à quelques passionnés et militants, ou s’il représente un futur possible des pratiques touristiques? Dans un sondage TNS Sofres daté d’avril dernier, 52 % des personnes interrogées mettaient en avant le respect environnemental parmi les notions clés du tourisme responsable, mais souhaitaient être mieux informées. Il y a donc encore fort à faire.

2002 fut déclarée “Année internationale de l’écotourisme” par l’Organisation des Nations-Unies (ONU).

Fondateur de l’agence Privilège Voyages, il a acheté à TF1 Entreprises la licence d’exploitation de la marque, issue de l’émission de Nicolas Hulot.

Voyages-sncf.com a organisé cette année la première édition des Trophées du tourisme responsable. Ce concours s’adresse aux professionnels du tourisme, aux collectivités et aux particuliers.

Initié en 1992, l’écolabel européen délivré par l’Afaq Afnor Certification s’appuie sur un cahier des charges précis. Dans l’hôtellerie, il est attribué selon 84 critères de performance environnementale dont 47 obligatoires et 37 optionnels sur lesquels il faut rassembler au minimum 16,5 points.

À SAVOIR

Jean-Louis Borloo, ministre de l’Écologie, du Développement et de l’Aménagement durables, lancera du 1er au 7 avril 2008 la "Semaine du développement durable", sur le thème : "Production et consommation durables". L’objectif est de mobiliser tous les acteurs pour informer et sensibiliser le public sur toutes les composantes du développement durable et leur nécessaire complémentarité. L’opération fera en particulier la promotion des pratiques respectueuses de l’environnement de façon à provoquer des changements de comportements dans les modes de consommation, à commencer par les habitudes touristiques.

3 questions à…
Pascal Languillon, président de l’Association française d’écotourisme

– Qu’est-ce-que l’écotourisme?

C’est tout simplement le tourisme écologique… Ses pratiquants ne s’évertuent pas seulement à maîtriser l’impact de leurs activités touristiques sur l’environnement, ils cherchent à en faire un outil de protection de l’environnement. Le concept existe depuis les années 80 dans les pays comme le Kenya, le Costa Rica ou l’Australie, où la protection de la biodiversité est vite apparue comme une priorité nationale. En France, la prise de conscience est beaucoup plus récente.

– Comment concilier tourisme et respect de l’environnement?

Il faut un peu de bon sens, une bonne dose de volonté, et parfois quelques investissements qui s’avèrent rentables sur le long terme. Il existe aujourd’hui des outils adaptés pour réduire l’impact de l’activité touristique sur l’environnement, quel que soit le domaine d’activité (hôteliers, transporteurs, etc.). Même les compagnies aériennes commencent à faire de gros efforts à ce sujet en achetant des flottes moins gourmandes en énergie, ou encore en modifiant les procédures au sol. Qu’il s’agisse d’économies d’énergie, d’utilisation de produits bio, ou encore de protection des espèces, chacun peut aujourd’hui faire un pas dans la bonne direction.

– Qu’en est-il de l’offre et des actions menées en France par les acteurs du tourisme?

L’Association française d’écotourisme, créée en 2005, regroupe aujourd’hui une centaine de propriétaires d’hôtels, de chambres d’hôtes ou d’agences de voyages impliqués dans une démarche d’écotourisme qui peut prendre plusieurs formes: installation de panneaux solaires, écoconstruction, produits d’entretien biodégradables, nourriture bio, modes de transports doux, etc.

Les actions menées en France prennent de l’ampleur jour après jour, et même des grands acteurs du tourisme traditionnellement peu portés sur l’environnement commencent à s’investir dans ce domaine, ce que nous ne pouvons que saluer.

Je pense que la prise de conscience est là, et qu’on ne peut plus parler d’effet de mode ou de tendance passagère.

Propos recueillis par C. M.

Auteur

  • Catherine Mautalent
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