La saison d’hiver qui s’achève confirme la baisse des activités liées à la neige. Si le réchauffement climatique accélère la fonte de l’or blanc, les stations devront s’adapter, comme déjà certaines, à la mutation des comportements.
Les Français aiment la montagne. Selon un sondage de l’institut BVA, réalisé à l’orée de la saison d’hiver en décembre dernier, 51 % des Français envisageaient d’y partir en vacances, dont 34 % pour quatre nuits et plus. Pour les vacances hivernales, la France métropolitaine recueillait 82 % des intentions de départ, la montagne restant la destination préférée des Français. Des chiffres d’un niveau élevé, qui restent comparables à ceux de la saison précédente, et témoignent de la bonne image qu’offrent nos massifs, principalement auprès des populations citadines. La nature, l’environnement préservé, les activités de plein air, représentent toujours des valeurs sûres pour la clientèle.
Seulement, si la montagne est belle, les sports d’hiver sont aussi les premières victimes économiques du réchauffement climatique. Les experts notent que celui-ci est trois fois plus élevé dans les Alpes que la moyenne mondiale. Phénomène visible par tous, la fonte des glaciers s’accélère. À proximité de la route de Chamonix, celui des Bossons a re- culé de 600 mètres depuis 1982. Quant à la température moyenne, elle a augmenté de 2 oC entre 1922 et 2005. Selon Pierre Etchevers, directeur du centre d’études de la neige, à Grenoble, “en 40 ans, l’enneigement en moyenne montagne a baissé de 40 %. Et tandis que la quantité de neige a diminué, la durée de l’enneigement a également chuté de 25 jours”.
Le massif alpin compte aujourd’hui plus de 600 stations de ski. Chaque élévation d’un degré supplémentaire de la température correspond à la disparition programmée d’une centaine de stations. Le pays le plus exposé (là où les stations sont les plus basses) est l’Allemagne, le moins concerné la Suisse. Les autres, France, Autriche et Italie, figurent en situation intermédiaire.
D’où l’intérêt de trouver des activités alternatives, d’autant que les canons à neige, présentés un temps comme des compléments indispensables à la glisse, sont d’un intérêt moindre lorsque la température augmente. De plus, ils accentuent les déséquilibres aquatiques et n’ont pas les faveurs de la tendance écologique. La saison qui vient de se terminer est révélatrice d’une économie en pleine refonte.
Plutôt favorisées par le calendrier, les vacances de fin d’année se sont bien passées. L’observatoire régional du tourisme de Rhône-Alpes, la région où sont concentrés les trois quarts de l’activité des sports d’hiver, enregistrait un début de saison prometteur pour les trois départements alpins, avec un taux d’occupation de plus de 75 % pour cette période, supérieur même à celui de l’hiver précédent. Janvier, le mois des traditionnelles promotions, a vu une certaine dégradation, à cause d’une météo défavorable. Grâce à un certain retour de l’enneigement, les vacances de février, qui représentent le pic de la saison, ont enregistré une remontée de la fréquentation.
À l’issue des vacances de février, le cabinet spécialisé Protourisme constate que, pour les Alpes, la baisse serait d’environ 5 %, et pour les autres massifs de près de 25 %.
L’analyse conduit aussi à l’observation d’une réelle discrimination selon l’altitude. Au-delà de 1 800 mètres, la baisse est la plus faible; pour les stations situées entre 1 300 et 1 800 m, elle est comprise entre 15 et 25 %. Quant aux autres, la dégringolade peut atteindre 70 %. Une tendance, certes élaborée à partir de sondages, mais entérinée par Gilbert Blanc-Tailleur, président de l’association France Montagnes, cité par l’AFP: “L’activité des stations devrait reculer de 8 à 10 % pour cette saison d’hiver”, déclare-t-il. Ces constats ne peuvent que renforcer le clivage existant entre les stations basses et les hautes, ces dernières profitant souvent du phénomène de report de la clientèle en quête d’enneigement.
Si la montagne continue à séduire, la fonte des neiges, jugée irrémédiable à moyen terme par de nombreux spécialistes, va obliger les professionnels à anticiper les évolutions futures en matière de tourisme. “Je retiens deux éléments positifs de cette saison. D’abord la fréquentation, qui n’a pas chuté dans les mêmes proportions que les remontées mécaniques. Ensuite, alors qu’après quelques saisons hivernales très favorables, les professionnels semblaient se contenter de la neige, force est de constater qu’aujourd’hui, il devient incontournable pour eux d’orienter les investissements vers des équipements susceptibles de servir été comme hiver, ce qui permettra enfin d’envisager un élargissement de la période d’exploitation. Par ailleurs, il devient urgent de renouveler la clientèle et de s’adresser aux jeunes”, analyse Marc Béchet, directeur du comité régional au tourisme de Rhône-Alpes.
Justement, en Rhône-Alpes, le tourisme a désormais trouvé un nouveau credo: l’eau sous toutes ses formes (la neige en fait partie, bien sûr). La région dispose d’un patrimoine unique, elle est le premier réservoir d’eau de France, et figure dans le peloton de tête des régions pour le thermalisme. “Puisque la prise en charge des cures par la Sécurité sociale n’est pas assurée, il est temps que les établissements réorientent leurs activités du médical vers le ludique”, explique Lawrence Duval-Montfort, chargée de promotion “eau et bien-être” au CRT Rhône- Alpes. Une idée d’autant plus opportune que ce concept est plébiscité par les vacanciers, et qu’il représente pour les stations qui peuvent en bénéficier, un complément intéressant, qui plus est non saisonnier. Les centres thermaux sont le plus souvent installés dans des bâtiments de caractère chargés d’histoire. Ceux-ci, devenus pour la plupart propriétés des collectivités locales, sont généralement exploités par le biais de délégation de service public. La requalification des sites est déjà bien entamée. Seize stations se sont déjà fédérées autour de Rhône-Alpes Thermal, un groupement sur lequel 100 millions d’euros seront investis jusqu’en 2008.
C’est pour cela que l’année prochaine, Rhône-Alpes reviendra en force aux Thermalies avec un véritable village. L’économie touristique de la montagne rédécouvre, à son corps défendant, que la neige est avant tout, de l’eau.
Le conseil général de Savoie injecte 60 millions d’euros pour moderniser les petites et moyennes stations et relancer le tourisme estival.
Avec plus de 800 000 lits et un revenu annuel de 1,8 milliard d’euros, la Savoie représente près de 50 % de l’offre nationale des sports d’hiver.
Mais le département voit sa fréquentation s’éroder, d’où la mise en place de ce plan tourisme.
Vingt-trois millions d’euros seront consacrés à renforcer le produit hiver, en aidant les stations à renouveler leurs équipements. Les 37 millions restants serviront à développer l’activité touristique. Parmi les axes ciblés : le thermalisme, l’aqualudisme, le vélo et la randonnée. Des filières thématiques comme la pêche, le patrimoine ou la randonnée sont aussi privilégiées.
Pionnière des stations sans voiture, Avoriaz sera-t-elle la première à réussir la mutation du tout glisse vers le tout loisirs? Car au début des années 60, époque du tout automobile, il fallait être visionnaire pour imaginer une station de sports d’hiver justement sans voiture.
Gérard Brémond (fondateur de Pierre et Vacances), Jean Vuarnet (champion olympique de descente), associés à Jacques Labro (architecte) ont pourtant relevé ce défi. Pierre et Vacances s’est toujours servi de cette station de Haute-Savoie pour tester ses services. Ce fut notamment le cas lorsque la clientèle revendiqua, à partir des années 90, des logements plus vastes. Aujourd’hui, le nombre de logements est inférieur à ce qu’il était. Le "village des enfants", animé par Annie Famose et Isabelle Mir, fait aussi partie des réussites d’Avoriaz. Et demain, à l’horizon 2010, il est prévu l’installation d’une large "bulle d’eau", qui déclinera l’ensemble des activités aquatiques, un peu à l’image de ce qui se fait à Center Parcs, une unité de loisirs passée dans le giron du leader des résidences de tourisme.
