L’entreprise Citilog a développé une caméra avec un algorithme particulier: il détecte les prémisses d’un blocage de carrefour en zone urbaine. Une technologie qui fera gagner du temps aux automobilistes et aux bus urbains.
Agir avant que le carrefour ne soit bloqué »: telle est la mission que se donne Citilog, PME installée en banlieue parisienne, à Arcueil. Spécialisée dans la collecte d’informations sur les axes routiers, elle a développé un système pour « vider » un croisement lorsqu’il est saturé et rétablir la circulation. Pour cela, cette entreprise créée en 1997 utilise des caméras particulières qui vont agir sur les feux tricolores.
Pas question en effet de surveiller les piétons ou les infractions des voitures. Il s’agit de prévenir les bouchons. Les caméras développées par Citilog sont dotées d’un traitement de l’image spécifique: un algorithme détecte la présence ou non de voitures et leur positionnement sur la chaussée. Ces informations sont transmises en temps réel au contrôleur de feux de signalisation, un boîtier discret placé à chaque intersection, qui va alors moduler la durée du feu rouge ou du feu vert. Par exemple, si les voies A et B se croisent et que la file A bloque la file B, comme cela se produit souvent aux heures de pointe dans les villes, le logiciel va agir sur les feux pour désemplir la chaussée. Par contre, si l’intersection est normalement dégagée, la technologie de Citilog n’aura pas d’incidence sur les feux, ils conserveront leur alternance normale.
Illustration concrète: à Paris, le long de la ligne de tram T3, Citilog a placé des caméras qui analysent l’intersection. Il arrive que des voitures s’engagent sur les voies du tramway pour tourner à gauche ou à droite (cf. photo page ci-contre). Dans ce cas, une action spécifique est engagée sur les feux pour libérer le bouchon et dégager la voie du tramway.
Cette technologie a permis à Citilog de remporter un trophée Défi de la Mobilité, décerné par la Société du Grand Paris. Les chantiers actuels et à venir du Grand Paris Express – quatre nouvelles lignes de métro autour de Paris prévues pour 2020 – vont en effet générer des perturbations de la circulation.
Avec quatre autres entreprises (voir encadré), Citilog a donc été retenue pour mettre en œuvre son savoir-faire et limiter au maximum les nuisances: « L’idée, c’est de décliner notre solution de régulation du trafic pour résoudre les perturbations créées par ces chantiers. Des carrefours qui aujourd’hui fonctionnent bien seront impactés », explique Éric Toffin, Pdg de Citilog. Les travaux risquent en effet de fermer certaines rues ou boulevards, ce qui concentrera les automobilistes et les bus sur les mêmes axes. Conséquence de quoi, « le phénomène de blocage potentiel risque d’être plus élevé », prévoit Éric Toffin. Et une fois bloqué, aucune technologie ne peut fluidifier le carrefour, il faut recourir au traditionnel agent de police pour rétablir l’ordre.
C’est l’une des limites du programme. Si, dans des conditions classiques de bouchon, son action sur les feux permet de « diminuer de 12 à 15 % le temps d’attente » à une intersection, il est inefficace dans le cas d’un axe surchargé. En clair, si une avenue a été conçue pour le passage de 100 véhicules en 10 minutes aux heures de pointe et qu’elle doit en supporter le double, l’action sur les feux n’aura aucune incidence sur la fluidité du trafic.
Le système de Citilog n’a donc pas vocation à fonctionner en permanence, mais à prévenir un blocage dès que la situation le requiert. L’avantage pour les collectivités, c’est qu’il n’est pas nécessaire de racheter un écosystème complet d’appareils. Comme n’importe quel logiciel, XCam de Citilog peut se greffer sur une caméra de surveillance traditionnelle déjà installée. À l’inverse, si les caméras Citilog « n’ont pas pour but de filmer, mais de recueillir des données sur le trafic, on peut s’en servir pour récupérer un flux vidéo », précise Éric Toffin. Sa PME de 38 personnes exploite d’ailleurs au maximum l’idée de la caméra multi-usages: en plus de la régulation des carrefours, ses logiciels permettent de détecter automatiquement les accidents sur les grands axes routiers et de recueillir des données sur le trafic à des fins statistiques.
C’est justement cela, le grand pas en avant des caméras: « Elles ne servent plus seulement à de la vidéosurveillance, mais à faire des choses plus évoluées: piloter le trafic ou même adapter l’éclairage urbain en fonction du passage des voitures, comme c’est le cas à Glasgow ». La caméra, maillon essentiel de la ville intelligente de demain?
Outre Citilog et la jeune pousse Samocat (voir Connexion Transports-Territoires n° 1010), trois autres entreprises ont été récompensées pour leur projet permettant d’améliorer la mobilité des riverains sur les chantiers du Grand Paris Express:
L’entreprise Egis, pour sa solution Chasseur de bouchons: elle permet de désengorger les abords des chantiers en récompensant les automobilistes qui ne prennent pas leur voiture pendant les heures de pointe ou qui diffèrent le moment de leur trajet. Leur choix de prendre les transports en commun, la bicyclette ou le covoiturage se verra rétribué en avantages ou financièrement, grâce à une application smartphone dotée de la géolocalisation.
L’entreprise Artelia, pour sa solution Gelitra: elle propose une plateforme de réservation où les prestataires chargés des chantiers entrent les heures de circulation de leurs engins. Les plannings sont automatiquement adaptés avec des horaires d’entrée et de sortie précis attribués à chacun pour limiter les embouteillages. Le but est d’éviter le stationnement sur la voirie des engins de chantier et de diminuer fortement la pollution, la congestion et les nuisances sonores ou visuelles.
Le consortium d’entreprises So Mobility (Colas, Cisco, Indigo, Issymedia et Transdev) et son service Simut: La solution va offrir aux usagers la possibilité de contourner une zone de perturbation. Simut va fournir une information en amont et en temps réel (comme le taux de remplissage des parkings aux abords des stations de transport en commun) pour les aider dans leur choix de trajet. L’usage d’une navette autonome sera aussi expérimenté pour faire le lien entre ces parkings et les stations de transport en commun.
