L’hiver 2007 avait cruellement manqué de neige. La saison 2008 s’annonce plus généreuse, mais si les premiers flocons ravivent l’espoir des stations, toutes cherchent de nouvelles pistes pour être moins tributaires de l’or blanc.
En moyenne altitude, certaines mettent même les skis sous la porte et préparent leur reconversion.
“Les premières neiges d’espoir sont tombées en novembre, mais l’an dernier, malgré le manque de flocons, nous avions enregistré une progression du nombre de passages sur nos remontées mécaniques”, explique Gaston Maulin, administrateur de la station des Sybelles, en Maurienne. Pas de neige et davantage de skieurs? “C’est très simple, les gens vont chercher de plus en plus haut ce qu’il ne trouvent pas dans les stations de moyenne montagne. Nos domaines skiables se fédèrent pour prendre de l’altitude, l’usage des canons à neige se généralise et nous développons de nouvelles activités”, répond Michel Bouvard, député de Savoie. Moins optimiste, Martial Saddier, député-maire de Haute-Savoie et président de l’Association des élus de montagne (Anem) lance un cri d’alarme. En 2006-2007, le manque de neige a fait perdre entre 50 et 100 % de chiffre d’affaires aux stations françaises. Et l’hiver 2007 a connu des records de baisse de fréquentation:
– 14 % en moyenne, avec des écarts allant de − 3,2 % en Savoie à − 60 % dans les Vosges!
Pour trouver la parade, les sociétés de remontées mécaniques concentrent leurs investissements sur l’aménagement des pistes. Elles misent sur les snowparks et l’enneigement artificiel pour produire une offre plus large autour de la glisse, comme dans les pays scandinaves. Avec leurs stations de basse altitude, les Vosges et l’Auvergne ont investi massivement dans les canons à neige.
Mais face au défi du réchauffement climatique (+ 2o à 5 oC prévu dans les vingt prochaines années dans les massifs français), les stations perchées à moins de 1 800 mètres se savent condamnées. Les plus sages anticipent et démontent carrément leur remontées mécaniques! À Abondance (1 700 m) en Haute-Savoie, ou Saint-Honoré (1 500 m) en Isère, c’est chose faite. Dans les Vosges, deux stations ont également mis les skis sous la porte, et dans les Pyrénées, quelques-unes y réfléchissent sérieusement.
Les vacanciers ne s’y trompent pas: pour ne pas prendre de risques face aux caprices de la météo, ils ont réservé dans les stations d’altitude. Dès la fin de l’été, La Plagne ou Val Thorens enregistraient 25 % de réservations supplémentaires, alors que dans les stations villages comme Châtel (Haute-Savoie), la baisse atteignait 20 %. À la raréfaction de la neige, s’ajoutent une diminution du nombre de skieurs (− 6 % en quatre ans) et la concurrence des nouveaux pays membres de l’Union européenne (Roumanie, Slovaquie, Slovénie, Bulgarie).
Comme les tour-opérateurs qui proposent des “contrats soleil ou remboursé”, Val-Thorens-Les Menuires inventent pour cet hiver le “contrat neige garantie”. La station s’engage à ouvrir au moins 80 % des pistes de son domaine skiable, du 25 décembre au 1er mai. Faute de quoi, les forfaits, les hébergements ou séjours référencés “neige garantie” seront remboursés. Avec un enneigement exceptionnel grâce son altitude (2 850 m) et à la neige artificielle propulsée par 900 canons, la station ne prend pas trop de risques… D’autres n’ont ni l’altitude, ni les moyens d’en faire autant. Face au manque de flocons, elles se tournent donc progressivement vers d’autres activités, et d’autres saisons pour manager leur avenir. Comme le Valais suisse qui, depuis plusieurs années déjà, recherche un meilleur équilibre entre l’hiver et l’été.
Et si le ski reste le produit d’appel en hiver, l’observatoire du tourisme Savoie-Mont-Blanc constate cependant une baisse régulière de sa pratique depuis quatre ans: 53 % des vacanciers d’hiver ont fait du ski alpin pendant la saison 2006-2007, contre 59 % en 2003-2004. Les gens skient moins, même s’il y a de la neige! Ils recherchent l’enneigement comme fond d’image, pour pratiquer d’autres activités.
Pour attirer de nouveaux clients, pas forcément des skieurs ou des fans de la glisse, les stations ont donc compris qu’elles devaient innover à tout prix. Dans le massif des Aravis (Haute-Savoie), Le Grand-Bornand et La Clusaz lancent cet hiver des initiations au biathlon avec des carabines laser adaptées aux enfants dès huit ans. Le “Grand-Bo” vise aussi la clientèle des dilettantes avec le “Nordic Cocktail” qui prévoit une activité différente chaque jour: raquettes le lundi, initiation au skating le mardi, nordic walking le lendemain, randonnée nocturne avec prêt de matériel pour finir la semaine.
Les stations ont aussi entendu la demandes d’animations culturelles formulées par les nouveaux vacanciers d’hiver. En vallée d’Abondance, Châtel met en avant le label “Pays d’art et d’histoire”, avec rencontre d’agriculteurs pour découvrir la vie pastorale. Un centre d’interprétation du patrimoine de la vallée a été ouvert. Le Val d’Arly (Savoie) propose des visites guidées du bourg médiéval de Flumet, “capitale” baroque de la région, la découverte des savoir-faire ancestraux du meunier et du charcutier toujours en activité, ou les secrets de fabrication du Reblochon, du Beaufort et du Chevrotin, fiertés des éleveurs locaux. La randonnée d’hiver retrouve aussi ses lettres de noblesse. Les Deux-Alpes (Isère) ont imaginé une balade commentée au village de Mont de Lans et dans ses hameaux. La visite guidée de Venosc, village traditionnel de l’Oisans en contrebas de la station, est au menu des randonneurs. À pied ou en raquettes, la visite guidée organisée par l’office de tourisme est gratuite.
La gastronomie trouve aussi une place dans cette diversification des activités. Le domaine Les Portes du Soleil, qui fédèrent des stations de haute et de moyenne montagne (Morzine, Avoriaz, Les Gets, Les Crozets, etc.), édite cette année le Pass’Gourmet, un guide recensant 50 bonnes tables du domaine pour découvrir les plats du terroir, au fil d’un itinéraire à ski, en raquette ou… à pied. Aux Arcs, Courchevel ou Avoriaz, les vacanciers peuvent aussi prendre des cours de cuisine avec des chefs étoilés.
Le bien-être se developpe avec l’ouverture de bains thermaux (Mônetiers-les-Bains, Saint-Didier à Courmayeur ou Loèche-les-Bains) et d’hébergement haut de gamme dotés de spas. Residhôtel, Odalys, Eurogroup, Résidences MGM, Maeva ou Pierre et Vacances ouvrent tous de nouvelles résidences en montagne. Une montée en gamme qui cible notamment la clientèle des seniors à fort pouvoir d’achat, et que les tour-opérateurs courtisent dans leur brochure hiver. “Nous voulons mettre en avant l’argument santé, mais aussi le réchauffement climatique qui va rendre la montagne plus agréable que la plaine en cas de grosse chaleur”, observe Martial Saddier. Les seniors, avenir de la montagne?
• 230 domaines skiables
• 6 massifs montagneux
• 18 000 salariés
• 48 millions de journées skieurs
• 10 millions de visiteurs dans les montagnes françaises
• 7 millions de pratiquants de sports de glisse dont 2 millions d’étrangers
• 936 millions d’euros de recettes des forfaits de remontées mécaniques
• 6 milliards d’euros de recettes générées par l’activité de restauration et d’hébergement dans l’ensemble des stations françaises.
Source: Syndicat national des téléphériques de France.
