Le groupe SNCF enclenche la nouvelle étape de sa stratégie numérique, désormais focalisée sur les données. L’entreprise ferroviaire compte ainsi offrir aux voyageurs dès le mois d’octobre un service d’alerte personnalisé correspondant à leurs déplacements, dûment géolocalisés. Pour la maintenance, chaque déplacement de train est l’occasion d’effectuer un monitoring des lignes grâce à des capteurs, et de déclencher des interventions ciblées.
À l’occasion de l’inauguration de sa cinquième Maison du digital, le 29 août à Lille, la SNCF a présenté la nouvelle étape de sa stratégie numérique, focalisée autour des données. La présentation s’est tenue au technicentre industriel d’Hellemmes, désormais dénommé 574, comme tous les incubateurs maisons dédiés à la promotion du numérique (s’ajoutant ainsi à Saint-Denis, Toulouse, Nantes et Lyon). « La SNCF est désormais une data-driven company », explique ainsi Benoît Tiers, directeur général d’e.SNCF. « Nous sommes désormais en capacité de gérer une quantité de données beaucoup plus importante, de les croiser pour proposer de nouveaux services. Ces données constituent une mine d’informations dont nous pouvons tirer une grande valeur. Il est urgent de nous en servir tant pour le bien de nos clients que pour la compétitivité de notre entreprise. La data est assurément la clé de la mobilité de demain. »
Le patrimoine data de la SNCF est constitué de données historiques comme les horaires, les données industrielles archivées de toutes les interventions sur les 15 000 trains, les 30 000 kilomètres de voies, dans les 3 000 gares. Mais ce patrimoine s’enrichit de données que les clients lui confient pour améliorer l’expérience de voyage de bout en bout, à travers les services de connectivité 3G/4G ou wifi proposés en gare, à bord des trains ou via des applications. 11 millions de voyageurs ont téléchargé l’application SNCF (la première application de transport en France) et 14 millions visitent chaque mois le site de vente oui.sncf.
Plusieurs projets en cours utilisant l’exploitation des data laissent déjà entrevoir sa « puissance de frappe extraordinaire », souligne Mathias Vicherat, directeur général adjoint du groupe SNCF. Le projet Data.flux Voyageurs permet ainsi d’analyser les données des habitudes des clients à partir de leur parcours géolocalisé (avec leur accord). Cette exploitation des données permet de mieux anticiper les besoins des clients et de mieux les informer. Ainsi, sur l’application mobile SNCF, les lieux les plus fréquentés et les itinéraires habituels sont repérés et suggérés en premier choix aux voyageurs. Dès le mois d’octobre, l’appli SNCF pourra également détecter les itinéraires récurrents et envoyer des alertes en cas de perturbation sur un trajet. Les algorithmes de détection et de prédiction élaborés par les experts SNCF détiennent « le taux de prédictions positives qui atteint la hauteur de 70 % en semaine », selon Iva Stankovic, data scientist au sein de la Fab Big Data. Le téléphone portable va même se transformer en titre de transport puisque la SNCF expérimente depuis septembre le paiement et l’usage sans contact de titres de transport sur téléphone mobile en Île-de-France.
Le nombre très important de données récoltées grâce à la géolocalisation apporte également une connaissance beaucoup plus fine et très peu onéreuse des flux de voyageurs: correspondances pratiquées dans les gares, montées et descentes des trains selon les horaires et les lignes… « C’est la possibilité d’avoir une vision globale de la mobilité des clients et d’adapter au mieux l’offre de transport. Un atout indéniable demain pour convaincre les autorités organisatrices dans le contexte de l’ouverture à la concurrence », observe Mathias Vicherat.
Mais les données ne sont pas réservées aux propriétaires de smartphone. Chez SNCF Gares & Connexions, la mesure de performance de l’affichage des informations voyageur en gare se fait via une application métier, DATA IV. « Nous visons 85 % des trains affichés sur les écrans en gare au minimum 20 mn avant le départ », explique Nathalie Courivaud, la chef de projet DATA IV. Depuis le déploiement de la solution dans les 123 gares monitorées en 2018, deux tiers des 32 gares les plus importantes (en termes de voyageurs et de trains) ont amélioré leur performance. Cela permet de rassurer les voyageurs en attente, en leur évitant l’anxiété due au non-affichage des trains sur les écrans.
Le projet Lidar, dédié à la sécurité, a consisté à placer des capteurs Lidar sur les trains de surveillance du réseau. Ce qui permet de scanner et cartographier en 3D l’ensemble des éléments de l’infrastructure (rails, poteaux caténaires, signalisation, ouvrages d’art, végétation…) avec une précision de l’ordre de quelques millimètres. La SNCF dispose ainsi du « jumeau numérique » de son réseau ferroviaire. Désormais, il suffit d’une heure pour effectuer les relevés sur 50 kilomètres de voies contre six semaines auparavant. L’application Vibrato utilise quant à elle les accéléromètres et gyroscopes embarqués sur les tablettes des conducteurs. Les informations recueillies effectuent un monitoring en temps réel des vibrations survenues en ligne, dans le but de déclencher au plus tôt des interventions ciblées de maintenance des voies. Concrètement, Vibrato envoie un fichier de fréquence géolocalisé en temps réel vers une plate-forme de traitement et d’exploitation. Ce fichier est alors croisé avec ceux des autres trains passés au même endroit. Si une vibration anormale est confirmée, une équipe est envoyée pour inspecter la voie. Cette innovation va bénéficier en priorité aux lignes dites « du quotidien », c’est-à-dire les lignes TER et Transilien (les lignes LGV disposent de moyens d’inspection spécifiques).
Pour mieux accompagner les voyageurs durant les périodes de travaux, Transilien a développé une appli avec l’appui d’Ile-de-France Mobilité. L’expérimentation en cours est destinée aux usagers de la ligne C du RER, très impactée par les travaux de modernisation, et donc par la mise en place de services de bus de substitution. « Les voyageurs ne savent pas où se trouvent les arrêts provisoires, et les véhicules utilisés, dépourvus de roulette, ne sont pas identifiables facilement, explique Olivia Fischer, en charge des médias et des services digitaux à SNCF Transilien. Des balises Beacons permettent de jalonner les parcours depuis la gare jusqu’aux points d’arrêt. Ces balises équipées de détecteur bluetooth sont reconnues par les smartphones, dans un rayon de 40 mètres. Ce système a l’avantage de ne pas dépendre d’une connexion internet, pas toujours assurée en souterrain. » Pour s’affranchir des services de géolocalisation de type Google Map, Transilien a choisi de collecter la donnée de l’ensemble des 394 gares d’Ile-de-France, dans le but d’élaborer une cartographie fiable et complète. SNCF Transilien partage l’ensemble de ces données sur Open Street Map.
