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Johanna Rolland, maire de Nantes et présidente de Nantes métropole

« La dynamique des mobilités durables doit s’accélérer »

Ancienne attachée parlementaire de Jean-Marc Ayrault, membre de l’équipe municipale nantaise depuis 2008, Johanna Rolland capitalise sur les bonnes performances du réseau de transport urbain. Première ville de France à avoir relancé son tramway, pionnière du BHNS avec le Busway, Nantes a depuis les années 1980 construit une offre de mobilité particulièrement attractive.

Bus&Car Connexion: Quelles sont les particularités du réseau nantais?

Johanna Rolland: La principale particularité du réseau nantais, c’est son développement lié à l’innovation. Nantes a toujours été pionnière en la matière, comme lorsqu’elle a choisi de réintroduire le tramway dans les années 1980. Cette logique de coup d’avance ne s’est jamais démentie, depuis la première ligne de Busway, véritable révolution technologique à l’époque, jusqu’au Chronobus et aujourd’hui, l’e-Busway tout électrique. Ce dernier constitue une prouesse technique et une première européenne. Avec une capacité de transports de voyageurs augmentée de 35 %, il permet de renforcer le service sur une ligne saturée. C’est plus de confort pour les voyageurs et pour les habitants, les nuisances sonores étant largement diminuées.

La seconde particularité du réseau nantais, c’est une tarification solidaire qui bénéficie à 60 000 personnes dont 34 000 avec gratuité totale. Les transports en commun sont des vecteurs essentiels d’inclusion sociale.

Comment se soigner, étudier ou travailler sans pouvoir se déplacer? Ces mesures ne sont donc pas réservées aux « captifs des transports collectifs » comme on l’entend trop souvent, car la captivité, c’est de ne pas avoir accès à la mobilité.

BCC: Quelles seront les évolutions majeures de ce réseau au cours des prochaines années?

J. R.: Le réseau nantais va connaître des évolutions majeures, en lien avec les défi s à relever pour le territoire: la précarité énergétique, l’urgence climatique, la santé publique. Et il y en a bien d’autres… Les habitants attendent une alternative de qualité à l’usage de leur voiture. Avec 43 km de tramway et 90 km de bus, la performance du réseau nantais est avérée, en termes d’amplitude comme de fréquence. Mais pour accompagner les changements de comportements attendus, les transports en commun doivent être complètement en phase avec les déplacements des habitants. Cela nécessite de repenser le maillage du réseau en desserrant le noeud du coeur de l’agglomération.

Comment relier l’ouest, l’est, le sud et le nord de la métropole sans passer par le centre de Nantes? Sur les axes nord-sud et est-ouest, trois nouvelles lignes de tramway, c’est la garantie de mieux relier les communes entre elles et d’améliorer l’accessibilité à des équipements essentiels comme le nouveau CHU. En outre, le travail engagé sur la jonction des lignes 1 et 2 du tramway se poursuit.

Le territoire métropolitain est aussi marqué par la présence de la Loire, qui structure les espaces de vie des habitants. Permettre d’en améliorer son franchissement constitue un véritable enjeu pour la population du Sud-Loire, c’est pourquoi le réseau va s’étendre au-delà du périphérique, en prolongeant la ligne e-Busway jusqu’au bourg de Vertou.

Dernière évolution majeure du réseau, la dynamique des mobilités durables doit s’accélérer, l’objectif principal étant d’améliorer la qualité de vie des habitants. Face à la pollution de l’air, les véhicules propres constituent un enjeu essentiel de santé publique. La déclinaison concrète à Nantes, c’est une navette à hydrogène sur l’Erdre, le déploiement des e-Busway 100 % électriques, le remplacement de l’ensemble des bus à énergie thermique par des bus au gaz naturel ou encore les projets de navettes autonomes.

BCC: Quelle est votre vision stratégique des mesures à mettre en oeuvre pour faire face à la croissance démographique attendue au cours des prochaines années et ce, au meilleur coût pour la collectivité?

J. R.: Une stratégie qui entend relever les défis majeurs du XXIe siècle ne peut être évaluée uniquement à travers le prisme du meilleur coût pour la collectivité. Cela tend à minimiser les coûts environnementaux et sociaux très élevés des déplacements pour les habitants. Pour préparer l’avenir, il faut concentrer l’action autant sur les équipements que sur les usages. Le développement des transports collectifs doit bien sûr rester une priorité au sein d’une métropole qui comptera 680 000 habitants en 2030. La hausse des flux de déplacements nécessite d’anticiper la capacité des véhicules, en renouvelant régulièrement les équipements mais aussi en en acquérant de nouveaux. 61 nouvelles rames de tramway, c’est 20 % de capacité en plus. L’arrivée du e-Busway, ce sont 56 000 voyageurs quotidiens… Au-delà du renforcement quantitatif des transports en commun, il faut veiller à accompagner les nouveaux usages. Les services favorisant la multimodalité jouent un rôle essentiel pour inventer la mobilité de demain.

Les efforts doivent donc être poursuivis pour faciliter l’accès aux services comme les e-services, la carte mobilité, etc. Il faut aussi penser les espaces favorisant l’intermodalité comme dans le projet de la gare, par exemple. Ces dernières années, 3 100 places de stationnement ont été créées dans les parkings relais et 1 400 dans les parkings en ouvrage, auxquelles s’ajoutent 500 places dédiées aux vélos.

Car l’autre levier majeur pour réduire la place de la voiture, c’est d’offrir un espace public sécurisé et apaisé à l’échelle du piéton et du cycliste. Pour soutenir les mobilités actives et atteindre une part modale vélo de 12 % à l’horizon 2030, 1 230 vélos en libre-service et 1 500 vélos en location longue durée ont été déployés.

L’augmentation du nombre d’abonnés au service Bicloo témoigne du succès de la pratique cyclable, c’est pourquoi le réseau constitué de 570 km de voies va continuer à se renforcer.

BCC: Comment envisagez-vous la desserte des zones peu denses et ce, en parfaite complémentarité avec les services relevant de la compétence régionale?

J. R.: Cette complémentarité se traduit par les intégrations tarifaires, à l’instar du titre MétrOcéane, regroupant TER et les réseaux urbains. Toutefois, l’offre dans les zones peu denses nécessite de mener une réflexion particulière sur le covoiturage, à l’instar de celle menée dans le cadre du contrat de réciprocité avec le Pays de Retz.

Partout, les mobilités partagées font naître des innovations intéressantes. Des études ont ainsi été lancées pour expérimenter quatre axes de circulation spécifiquement dédiés au covoiturage dans la métropole. Et d’ici la fi n de l’année, un nouveau service de notre opérateur, la Semitan, permettra à un voyageur de bénéficier d’une offre de covoiturage urbain avec son titre de transport en commun. Sans échange d’argent, puisque l’opérateur réglera directement le montant dû à l’automobiliste, ce dispositif constitue une réelle opportunité de recourir plus efficacement à la voiture, au bus ou au tramway, afin de développer la comodalité.

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Auteur

  • Olivier Constant
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