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Les transports publics jouent leur carte

Crise économique Les départements doivent faire face à une flambée des dépenses sociales avec des recettes qui diminuent. Conséquence, les transports scolaires ne sont plus automatiquement gratuits. En contrepartie, les tarifs uniques des cars interurbains se généralisent pour inciter les automobilistes à laisser leur voiture au garage.

CELA fait quelques années déjà que cette réalité frappe de plein fouet les ménages à la rentrée des classes. La gratuité des transports scolaires a du plomb dans l’aile. Selon les statistiques de l’Association des départements de France (ADF), il ne reste plus que 34 départements qui prennent à leur charge entre 95 % et 100 % de ce coût (33 autres assurent de 85 % à 94 % du financement, et le reste de 50 % à 84 %). En cette rentrée, crise des comptes publics oblige, cinq départements ont abandonné la gratuité à l’instar du Loiret ou de Grenoble. Claudy Lebreton, président de l’ADF, répète à l’envi que les départements doivent faire des arbitrages compte tenu du désengagement de l’État qui n’a “compensé les 12 milliards de dépenses sociales qu’à hauteur de 7 milliards.” D’après l’ADF, le transport scolaire a coûté deux milliards d’euros en 2010 aux départements, soit 887 euros par élève en moyenne. Sur la même période, le coût total dépasse les 3 milliards d’euros.

De 80 à 200 euros par élève

Dorénavant, les ménages devront débourser en moyenne 80 euros par an pour un écolier, 120 pour un collégien et 200 pour un lycéen. Pour les plus modestes et les familles nombreuses, des aides sont prévues et les communes peuvent aussi intervenir pour réduire la facture. Comme chaque année, l’Anateep (Association nationale pour les transports éducatifs de l’enseignement public) est intervenue dans un communiqué pour défendre la “gratuité, instrument indispensable, pour éviter qu’à des inégalités spatiotemporelles et sociales s’ajoute une inégalité financière.” Cependant, “une contribution citoyenne de responsabilisation correspondant au maximum à 5 % du coût total annuel du transport d’un élève pourrait être acceptable.” Lorsque la gratuité n’est pas assurée, l’Anateep préconise que le prix payé par les familles soit “subordonné à l’importance de leurs revenus, c’est-à-dire la prise en compte du quotient familial.” Et d’appeler de ses vœux, le développement d’une billettique moderne qui “permettra aux familles, au-delà d’un aller-retour quotidien gratuit entre le domicile et l’établissement, de compléter à tarif réduit les possibilités de mobilité du jeune.

À l’ADF, on ne cache pas que les décisions de certains départements visent surtout à responsabiliser les familles: “Le système est sans doute surdimensionné dans certains cas.

Tarification unique, les départements jouent le jeu

Cette participation croissante des familles aux transports scolaires doit aussi permettre aux autorités organisatrices de ne pas mettre tous leurs œufs dans le même panier. En cette rentrée, le gouvernement a demandé aux collectivités territoriales de mettre l’accent sur les transports publics pour répondre aux difficultés des consommateurs face à l’envolée du prix des carburants. Dans l’esprit de l’exécutif, celle-ci peut être en partie compensée par une politique volontariste, notamment en matière de tarifs des transports collectifs. D’où l’engouement croissant pour la tarification unique. Selon l’ADF, 47 conseils généraux ont mis en place une telle politique avec des tickets variant de 1 à 4 euros selon les départements. Ces incitations se sont traduites par une hausse de la fréquentation des réseaux d’autocars interurbains, non chiffrée mais “significative”, selon Claudy Lebreton. Dans le Loir-et-Cher, l’un des derniers départements à allier gratuité totale (malgré des frais de dossier) de ses transports scolaires et tarif unique à 2 euros sur ses lignes départementales, les transports publics connaissent un très net regain d’intérêt. En 2012, le conseil général a consacré un budget de 7 millions d’euros aux transports (15 millions avec les transports scolaires). Dans ce département vaste et rural – très touché par la nouvelle organisation mise en place par la SNCF dans le cadre du cadencement –, la fréquentation des cars du réseau Route 41 a dépassé les 200 000 voyageurs en 2012.

Maurice Leroy, ancien ministre de la Ville, et actuel président du conseil général, estime que “le ticket unique à 2 euros permet à tous, les plus modestes en tête, de se déplacer à chaque moment de la journée.” Et d’ajouter: “Tant que ce sera possible, le Loir-et-Cher maintiendra la gratuité totale dans les transports scolaires, et des tarifs uniques sur notre réseau concédé à Veolia.” Mais si d’aventure la situation économique se dégradait, l’option retenue consisterait à réduire le nombre de points d’arrêt, pour les regrouper dans le centre des villages (le Loir-et-Cher compte 291 communes).

Vers une fin des zones tarifaires en Île-de-France

Suivant cette logique, l’Île-de-France est en train de connaître une petite révolution pour les abonnés des transports publics. Plus de trente-cinq ans après l’apparition de la carte Orange, et onze ans après l’apparition de la carte Navigo, le Stif (Syndicat des transports d’Île-de-France) a mis fin aux frontières tarifaires franciliennes depuis le 1er septembre du vendredi minuit au dimanche minuit. Ce dézonage du week-end, déjà en vigueur pour les écoliers et les étudiants de moins de 26 ans détenteurs de la carte Imagine R, est un premier pas vers une abolition totale. Une telle évolution favorisera les personnes les plus éloignées du centre de la capitale (en zone 5, la carte mensuelle coûte 111,50 euros, contre 62,90 euros pour les habitants de Paris et proche banlieue). Au conseil régional d’Île-de-France, on estime que le prix unique – espéré pour le 1er janvier 2013 – “favorisera aussi le report de la voiture vers les transports en commun.” Pour le week-end, le manque à gagner, estimé à 25 millions d’euros, sera, selon la Région, entièrement compensé par la hausse des forfaits touristiques et du Passe Navigo annuel instaurée en août dernier. Reste à définir les contours financiers du dézonage total, dont le coût annuel varie entre 300 et 500 millions d’euros pour un forfait de 65 euros par mois.

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Auteur

  • Xavier Renard
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