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Irizar accélère sa diversification

Stratégie Avec son premier bus 100 % électrique, et une offre d’autocars i6 construits sans châssis provenant de partenaires, le constructeur basque se donne les moyens de ses ambitions: devenir un acteur de premier plan de l’industrie.

« Nous sommes plus jeunes que jamais, à 125 ans! ». José Manuel Orcasitas, directeur général de Irizar Group, aurait-il trouvé la source de la fontaine de jouvence pour son entreprise dans les vallées du Pays basque? Impossible à dire, mais Irizar, à l’occasion de son 125e anniversaire, respire en tout cas la jeunesse et l’innovation.

Il en a fait la démonstration à l’occasion de la présentation, mi-juillet à Saint-Sébastien en Espagne, du premier exemplaire de bus électrique i2e livré au réseau de bus de la ville. Un show devant la presse locale, comme devant la presse étrangère, spécialisée dans les bus et cars, conviée pour l’occasion.

Une mise en lumière exceptionnelle pour le constructeur basque réputé pour sa discrétion, mais qui se frotte désormais à une plus grande exposition médiatique pour relever les nouveaux défis industriels qu’il s’est imposé pour devenir un acteur majeur de l’industrie.

Un virage stratégique entamé en 2009

À l’image de son siège flambant neuf, moderne et au design audacieux, situé à Ormaiztegi à 40 minutes de route au sud-ouest de Saint-Sébastien, et qui permet d’accueillir les clients lors de la livraison de véhicules, Irizar ne veut plus être un acteur de second plan, cantonné à son marché national, ni même au seul marché européen. « 2009 est l’année de notre révolution stratégique », explique José Manuel Orcasitas, « la crise économique nous a fait nous interroger sur les évolutions à mener pour devenir un véritable constructeur de dimension mondiale ».

Plusieurs décisions stratégiques ont été tirées de cette réflexion. « Nous avons décidé d’augmenter la part de notre activité sur d’autres marchés en faisant plus de personnalisation de nos produits, selon les besoins spécifiques de ces clients, comme au Brésil et au Mexique », poursuit le Pdg. « En parallèle, pour renforcer la marque et nous positionner comme un constructeur de premier rang, et même pour pouvoir envisager comme aujourd’hui de nous développer sur le marché nord-américain, nous avons mis en place un projet sur la qualité et la fiabilité de nos véhicules en effectuant des tests poussés de durabilité de nos autocars au centre Idiada de Barcelone, l’un des plus réputés au monde. »

Enfin, le dernier volet combine à la fois une plus grande diversification industrielle et une priorité accordée au développement des compétences technologiques au sein du groupe. « La place croissante des fonctions et des équipements électroniques à bord des véhicules nous pousse à davantage maîtriser ces aspects en interne », justifie le dirigeant. Et de carrossier et simple assembleur d’autocars, Irizar prend une autre dimension avec une politique de diversification industrielle menée tambour battant. « Nous achetons des sociétés rentables et avec un fort potentiel de développement, nous sommes là pour les accompagner dans leur croissance, leur donner des moyens, comme accéder à des marchés à l’export et bénéficier d’apport et d’échanges de technologies. » C’est le cas pour Datik, une startup spécialisée dans le logiciel, Hispacold, le spécialiste des équipements de climatisation du même nom, Masats pour les portes, Jema sur le multiplexage des systèmes embarqués, ou encore, depuis l’an dernier, et quitte à sortir de l’industrie d’origine, Alconza, un fabricant de générateurs offshore.

L’i2e et l’i6 Integral, deux produits emblématiques

Le résultat de cette politique industrielle audacieuse est visible dans le catalogue des produits Irizar, à commencer par la création d’une gamme d’autocars i6, dits Integral, c’est-à-dire conçus sans châssis fournis par ses partenaires habituels, mais avec des ponts ZF et une motorisation Daf.

Cependant, le résultat le plus spectaculaire reste l’i2e: un bus urbain 100 % électrique, élaboré par Irizar et ses filiales avec l’appui de centres de technologies du Pays basque. Le système de gestion des batteries a ainsi été conçu par Jema Energy, la climatisation a été adaptée par Hispacold et la recherche innovation par Creatio, le centre de recherche et de développement du groupe. Le moteur électrique de 180 kW a quant à lui été fourni par Siemens.

« La technologie est le changement le plus radical de notre stratégie », se félicite le Pdg, « c’est le premier bus développé entièrement à partir de technologies du groupe ».

L’autonomie revendiquée par ce bus autoportant à plancher bas, doté d’une structure en alu et d’une longueur de 12 m, se situe entre 200 et 250 km. Il recharge ses batteries de 230 kW en 5 heures en bout de ligne et peut accueillir 68 passagers (42 places debout, 24 assises, 2 UFR). Et Irizar introduit plusieurs innovations pour son projet électrique. « Pour assurer un bon niveau d’autonomie au véhicule, nous avons introduit l’idée de la préclimatisation avec notre filiale Hispacold: la climatisation du véhicule est activée au dépôt plusieurs heures à l’avance pour lui permettre d’en sortir déjà climatisé à 20 oC, tout en ayant profité de son branchement électrique pour ne pas entamer ses batteries une fois dehors. »

Autre idée des équipes Irizar, « notre filiale Jema a conçu le logiciel de gestion de la batterie et la fonction hybride entre super-capa et batteries classiques: les batteries sodium-nickel, moins chères que les lithiumion et recyclables à 99 %, souffrent le moins possible et ont une durée de vie plus longue, c’est un vrai facteur différenciant ».

« Être à la pointe en Europe sur le bus électrique »

L’i2e a subi des tests d’endurance équivalents à 600 000 km ou 12 ans d’exploitation au centre d’essais Idiada de Barcelone. Référencé dans le programme européen ZeEUS (Zero Emissions Urban bus System), et en France par la centrale d’achat du transport public d’Agir, un autre exemplaire de l’i2e sera testé à Barcelone dans le cadre du projet européen. « Le projet électrique a démarré en 2011 et le premier bus est livré mi-2014, c’est le temps nécessaire du développement, mais il a été relativement rapide puisque nous sommes partis d’une feuille blanche », explique le chef de projet électromobilité de Irizar, Hector Olabegogeaskoetxea. « Mais ce n’est qu’un début, nous réfléchissons à d’autres gammes et versions de véhicules électriques, à des stations de recharge et à des solutions complètes pour les villes », annonce d’ores et déjà le jeune ingénieur. « L’objectif est d’être à la pointe en Europe sur le bus électrique. Nous pensons que le futur est électrique, l’objectif est la baisse des émissions de CO2 et des nuisances sonores, ce dernier élément sera d’ailleurs à mon avis le vrai facteur de changement auprès du grand public », souligne le chef de projet.

Des i6 conçus par Irizar

L’autre figure de l’ambition de Irizar est un autocar, déjà connu dans le secteur: l’i6. Mais le constructeur a développé une offre plus évoluée de son modèle avec les Integral, car autoportants complets avec transmissions et essieux ZF, motorisations Daf Paccar en Europe et duo Allison-Cummins pour le marché nord-américain.

Les Integral sont une offre parallèle à celle qui constitue encore 90 % de la production d’i6 pour Irizar, construite à partir des châssis fournis par ses partenaires habituels (Volvo, MAN, Iveco Bus, Mercedes-Benz, etc.). « Ils restent évidemment nos partenaires commerciaux, notre coopération est appelée à se poursuivre dans les meilleures conditions et nos relations sont excellentes », explique Gotzon Gomez, directeur export de Irizar, « mais le marché décidera de la répartition entre nos deux offres, c’est le client qui décide ce qu’il souhaite, l’important est que nous soyons capables de lui proposer une gamme de produits très large, assemblés ou complets ».

Reste que l’offre des i6 complets est plus haut de gamme que celle, historique, sur châssis. « Ils sont premium du fait des composants qui sont montés dessus, de motorisations plus puissantes et grâce à une réduction de poids de 200 kg obtenue sur l’ensemble du véhicule grâce à nos recherches », se félicite le responsable.

Irizar cherche donc à mieux maîtriser le produit final, à démontrer ses capacités techniques et d’innovation, à affirmer son indépendance face aux constructeurs, à la fois partenaires et concurrents. « C’est la raison pour laquelle nous avons retenu Daf pour les motorisations, le seul motoriste indépendant sur le marché en Europe. » 200 exemplaires du i6 complet circulent déjà en Europe, et la France est le deuxième marché pour les cars complets derrière le Royaume-Uni et devant la Pologne.

Irizar équipe les iDBUS espagnols

Pour sa nouvelle ligne au départ de Barcelone lancée le 23 juin, iDBUS roulera en Irizar i6 sur châssis Volvo. Les véhicules ont été retenus pour circuler sur la ligne Barcelone-Marseille qui propose un départ quotidien. « Pour ces lignes depuis l’Espagne, nous avons acquis un parc de 6 Irizar i6 sur châssis Volvo avec notre transporteur partenaire Sarfa », explique le service communication d’iDBUS. Les autocars reprennent l’ensemble des codes couleur et des équipements proposés par iDBUS sur les autres lignes de son réseau: wifi, prises électriques, toilettes, espace pour les jambes, places PMR, accompagnement des clients par les capitaines pendant les trajets, etc.

Irizar devient ainsi le troisième constructeur à équiper la flotte iDBUS, jusqu’ici uniquement composée de Magelys Pro et de Setra Comfort Class 416 GT-HD. L’argument de tarifs moins élevés aura sans doute séduit la filiale de la SNCF pour introduire ce troisième modèle dans sa flotte de véhicules.

Électrique: Irizar retenu pour le projet européen ZeEUS

Le constructeur basque a réussi une jolie prouesse à l’automne dernier en parvenant à faire référencer son bus électrique i2e parmi les six véhicules tests du programme européen ZeEUS (Zero Emission Urban bus System), coordonné par l’UITP, cofinancé par l’Union européenne et réunissant 40 partenaires.

Son projet n’était pas encore finalisé, et peu d’informations avaient filtré sur son bus 100 % électrique. Alexander Dennis, Skoda, Solaris, Volvo et VDL sont les autres constructeurs retenus à ce jour pour tester leurs véhicules 100 % électriques dans 8 villes de démonstration: Barcelone (Espagne), Bonn et Münster (Allemagne), Londres et Glasgow (Grande-Bretagne), Stockholm (Suède), Plzen (République tchèque), et une ville en Italie encore à déterminer. Prévus jusqu’en avril 2017, les tests menés bénéficient d’un budget de 22,5 M€.

Le programme ZeEUS se propose en premier lieu de faire dialoguer tous les acteurs intervenant en amont ou en aval sur la filière du bus électrique: villes et autorités publiques, opérateurs, constructeurs, chercheurs, fournisseurs d’électricité.

Chaque catégorie d’intervenant dispose de son comité au sein de ZeEUS et y a ses propres problématiques, formulées par leur porte-parole désigné pendant la présentation. Un observatoire sera aussi créé pour permettre à d’autres acteurs de rejoindre le projet via un statut différent.

Cet observatoire a pour vocation de devenir un centre d’expertise du bus électrique afin de « suivre les évolutions du secteur en Europe, mais aussi dans le reste du monde ».

Irizar en chiffres

– 556 M€ de chiffre d’affaires réalisés:

– à 34 % le site d’Ormaiztegi

– à 46 % par les autres usines d’Irizar dans le monde

– à 20 % par les autres sociétés du groupe Irizar (Hispacold, Datik, Masats, Jema, etc.)

– 5 368 autocars produits dont 1 300 i6 et 1 000 PB

– 6 sites de production:

Espagne (Ormaiztegi)

Mexique

Maroc

Brésil

Inde (joint-venture avec Ashok Leyland et TVS)

Afrique du Sud

– 3 500 employés

– 90 pays couverts commercialement

– Création en 1889, transformation en société coopérative en 1963

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Auteur

  • Bruno Gomes
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