Pour sa dixième visite d’étude, le Club européen des villes et des régions intermodales s’est retrouvé à Stockholm. Le réseau suédois mise sur les modes doux et le développement de nouveaux nœuds de connexion.
Cette année, Stockholm était à l’honneur. Après lui avoir remis, au mois de juin, son prix 2015 de l’intermodalité, le Club européen des villes et des régions intermodales a choisi la capitale suédoise pour sa dixième visite de réseau. Pourquoi toute cette reconnaissance? « Pour la qualité de son réseau de transport, très performant et intuitif », arguait Nathalie Leclerc, cocréatrice de la société organisatrice, Intermodes.
Tout commence par des challenges, et non des moindres. À commencer par la très forte croissance que connaissent Stockholm et son comté. La ville verra sa population augmenter de 25 % à l’horizon 2030, ont prévenu les intervenants suédois lors de la visite. En outre, sans compter les enjeux environnementaux, parfaitement intégrés dans cette fraîche partie de l’Europe, l’archipel de Stockholm compte quelque 25 000 îles. La ville elle-même est bâtie sur 14 morceaux de terre, connectés par 56 ponts. Un casse-tête dans l’organisation des transports publics.
Serait-ce ce territoire compliqué ou la culture scandinave? Stockholm fait la part belle aux modes doux. Les larges rues, remarquables par leur propreté et leur calme, sont – si ce n’est piétonnes – faites pour la marche à pied et le vélo. Selon Intermodes, environ un tiers des voies stockholmoises est utilisé en trottoir et espace piétonnier, tandis que la marche à pied et le vélo raflent près de 40 % de part modale, suivis de la voiture (31 %) et des transports publics (30 %).
Et Stockholm a mis les moyens. En 2012, la ville adopte un programme dédié au développement des voies cyclables, intégré à un plan plus vaste de mobilité urbaine. L’un des principaux objectifs, parmi une trentaine de projets, est de prendre la place des voitures pour la consacrer aux vélos. « Pour inclure tous les modes: voiture, vélo, bus ou camion, il faudrait avoir des voies larges de 45 mètres, explique Joakim Boberg, chef du programme cyclable de la ville de Stockholm, ici, les rues mesurent de 20 à 30 mètres de largeur. » Une expérimentation est donc menée à Götgatan (l’île centrale, au cœur de la ville): une ligne de vélo est créée sur une voie de voiture. « La réalisation a été rapide et n’a pas coûté beaucoup d’argent », insiste-t-il. Autre technique éprouvée: la circulation réservée aux vélos dans un sens de la rue, et autorisée aux éventuelles voitures dans l’autre. En ce moment, Stockholm tente de remplacer des places de stationnement pour voitures par des pistes cyclables.
Pour sortir la voiture du centre-ville, le péage urbain reste aussi d’une efficacité redoutable. Depuis 2006, des capteurs postés à l’entrée de Stockholm scannent les immatriculations des voitures de passage entre 6 h 30 et 18 h 30, exception faite pour les voitures dites propres. Un système prélève ensuite au propriétaire de 10 à 60 couronnes suédoises (de 1 à 6 €) en fonction de la fréquentation aux abords de la ville. Cette mesure a permis de réduire de 30 % le nombre de véhicule entrant et sortant de l’hypercentre.
Les transports publics, plutôt coûteux pour l’usager (minimum 3,80 € pour un déplacement en zone A), sont également plébiscités, bien qu’ils se placent derrière les modes doux. Sur l’ensemble du comté, qui englobe 26 municipalités, l’opérateur Stockholm Läns Landsting (SLL) a déployé un passe unique. Il encourage les usagers à l’utiliser en leur permettant de le charger pour seulement quelques voyages, sans avoir à prendre un abonnement particulier.
D’ici 2030, la grande échéance de Stockholm pour atteindre son objectif en matière de mobilité, les transports publics devront représenter au moins 80 % des déplacements motorisés.
Pour faire coexister piétons, cyclistes, tramway, bus ou métro, la ville défend le développement de nœuds intermodaux sur son territoire. Actuellement moins d’une dizaine, ces points stratégiques doivent mailler le réseau et permettre aux usagers de rejoindre le plus rapidement et le plus directement possible leur destination. Avec sept projets de futurs hubs sur le réseau, Stockholm et SLL misent sur l’accessibilité de ces pôles. Signé en 2013, un vaste plan de développement urbain prévoit 26 milliards de couronnes suédoises (2,6 Md€), investis par le gouvernement, les municipalités et l’opérateur.
L’objectif des transports publics est d’augmenter de 1 million le nombre de voyages par jour (2,8 millions par jour à l’heure actuelle) d’ici 2030. Inclus dans ce plan, 78 000 logements devraient voir le jour et quatre nouvelles branches de métro seront développées. Sara Malm, planificatrice de transport pour la municipalité, résume: « Stockholm est une ville de marche à pied et de transport public ».
• 26 municipalités desservies.
• 2,2 millions d’habitants dans le comté, dont 900 000 habitants pour la ville de Stockholm.
• 2,8 millions de voyages par jour.
• 786 000 voyageurs par jour.
• 1,61 voyage par voyageur chaque jour.
• 87 % du réseau est à énergie renouvelable.
• 78 % d’usagers satisfaits.
• 1/3 de la population affectée par la congestion.
